Icare
avait grandi parmi les inventions de son père Dédale, célèbre artisan
de Crète. La plus fameuse de ses créations avait permis à la
reine Pasiphaé de séduire un taureau, revêtant pour cela le faux costume
d'une belle génisse. Mais cette curieuse union avait donné le jour à une bête monstrueuse, mi-homme, mi-taureau, que l'on nomma le Minotaure.
Minos,
roi de Crète, se sentit humilié par l'abominable fruit de la trahison
de son épouse. Il en conçut une immense honte et voulut dissimuler
l'horrible animal. Il fit appel à Dédale qui, après avoir aidé la reine,
vola donc au secours du roi…
Celui-ci
lui demanda de construire un labyrinthe afin d'y enfermer le Minotaure.
Convaincu du talent de son illustre architecte, son indignation fut
quelque peu apaisée. Après des jours d'intense labeur, Dédale déposa
enfin ses plans et fit débuter les travaux. Le labyrinthe était l'une de
ses plus ingénieuses mais aussi la plus inquiétante de ses inventions.
Il consistait en une interminable suite de détours et de lacets qui
rendaient impossible à quiconque y pénétrait d'en trouver l'issue…
Ainsi,
le Minotaure y fut complètement pris au piège. Ses rugissements
s'élevaient au-dessus des hautes murailles et son ombre terrifiante
arpentait sans fin les méandres
de son vaste enclos. Pour calmer ses accès déchirants de rage, Minos
devait lui livrer de la chair humaine. Puisqu'il ne pouvait sacrifier
ses citoyens, il ordonna aux Athéniens, qu'il avait vaincus lors d'une
précédente expédition, de lui livrer sept jeunes hommes et autant de
jeunes filles afin de les donner en pâture
au Minotaure. Les jeunes gens qui avaient eu écho de cette effrayante
bête, pénétrèrent apeurés dans le labyrinthe. C'est alors que Thésée,
héros célébré et reconnu de tous, décida de mettre un terme au massacre
et se rendit en Crète. Minos accueillit le jeune homme avec mépris et
l'écouta distraitement, convaincu qu'il n'avait aucune chance de sortir
vivant du labyrinthe. Mais Ariane, la ravissante fille du roi,
apercevant le beau jeune homme en tomba amoureuse. Elle ne souhaitait
pas voir son nouvel amant succomber sous les griffes du redoutable
monstre et alla implorer Dédale afin qu'il lui vienne en aide. Celui-ci
la convainquit de nouer au poignet de Thésée un long fil qui se
déroulerait derrière ses pas, lui indiquant le chemin qu'il aurait à
emprunter pour retrouver la sortie.
Grâce à ce stratagème, Thésée terrassa
le Minotaure et un soupir de soulagement s'éleva du cœur de la cité
athénienne. Quant à Minos, il se sentit une fois de plus trahi et
s'empressa d'aller trouver Dédale qu'il enferma avec son fils dans son
propre labyrinthe ! Dédale était au désespoir : sans fil attaché à son
poignet, il ne savait que trop bien ce à quoi il était condamné tant son
œuvre était infaillible.
Il regrettait amèrement d'avoir inventé ce terrible piège ! Il leva les
yeux au ciel dans l'espoir d'y voir poindre la clémence des dieux et
s'apprêta à les implorer quand lui vint une brillante idée : il n'y
avait aucune chance de trouver l'issue terrestre du tortueux
labyrinthe, certes, mais la voie des airs, elle, s'offrait à eux dans
toute son étendue ! Il avait avec lui de la cire et n'eut pas de mal à
se procurer des plumes… Il se mit donc à confectionner pour lui et son
fils de majestueuses ailes assez résistantes pour les soulever de terre.
Après les avoir fixées sur le dos d'Icare, il prit son visage entre ses
mains et lui dit : « Mon fils, écoute les sages conseils de ton père
afin de mener au mieux notre évasion. Lorsque tu seras transporté par
les airs, surtout ne t'avise pas de prendre trop d'altitude, la chaleur
du Soleil risquerait de te brûler les ailes. De même, ne t'approche pas
trop de l'océan et de ses hautes vagues qui pourraient t'ensevelir. »
Exalté,
Icare piaffait d'impatience, car comme la plupart d'entre nous, il
avait maintes fois rêvé de fendre les airs comme un oiseau. Ils
s'élancèrent hors du labyrinthe et atteignirent le ciel grâce à leurs
ailes amples et légères. Porté par le vent, Icare se laissait enivrer
par le plaisir de sentir la brise le bercer. Le père et le fils
volèrent ainsi un long moment, surplombant les sublimes paysages de la
Grèce, mais lorsqu'ils atteignirent le détroit qui les séparait de
l'Asie Mineure, Icare ne put résister à son désir et désobéit aux sages
paroles de son père. Grisé par le goût de la liberté, il s'élança vers
les hauteurs. Il s'approcha dangereusement du Soleil et n'entendait pas
les cris désespérés de son pauvre père qui percevait trop bien où
risquait de le mener son imprudence. Icare jouissait de sa puissance
aérienne et, prenant de plus en plus d'altitude, se pensait l'égal des
oiseaux. Mais, ne résistant pas à l'intense chaleur de l'astre, la cire
de ses ailes se mit à fondre, et le jeune garçon fut précipité dans le
vide avant de plonger dans la mer qui porte aujourd'hui son nom.
Dédale,
fou de douleur, alla repêcher le corps sans vie de son fils. Le jeune
homme, par défaut d'expérience et de sagesse, avait brûlé l'innocence de
son jeune âge à l'attirante chaleur de l'astre solaire.

إرسال تعليق